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Un doigt sur la gâchette mais aussi l'autre sur la manipulation de l'opinion publique.

L'hypocrisie et le double jeu de Kinshasa sur la question des Banyamulenge.

Par Lunda Mulongo Lem’s Pierre·Rédacteur·17 août 2026·5 min de lecture

Dans le paysage complexe et déchiré de l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), une tragédie silencieuse se déroule, souvent occultée par le vacarme des discours officiels. Si le régime de Kinshasa tente de maquiller ses échecs structurels et sa mauvaise gouvernance derrière des prétextes géopolitiques, une analyse approfondie des dynamiques sur le terrain révèle une réalité bien plus sombre : celle d’une politique délibérée de persécution ethnique à l'encontre des Tutsis congolais, et particulièrement de la communauté Banyamulenge.

​À travers une coalition hétéroclite, une manipulation médiatique orchestrée et un discours officiel aux relents génocidaires, le pouvoir de Félix Tshisekedi, en alliance avec celui d’Évariste Ndayishimiye au Burundi, poursuit un agenda dont la cible ne se limite pas à des groupes armés, mais s'étend à l'existence même d'une composante historique de la nation congolaise.

La coalition de la haine : Un front commun contre les Banyamulenge

L’alliance militaire actuelle entre Kinshasa et Bujumbura repose sur un dénominateur commun troublant : une hostilité viscérale et partagée envers les Tutsis. Cette convergence idéologique se traduit sur le terrain par une coordination opérationnelle brutale contre les zones peuplées par les Banyamulenge.

​Il est impératif de rappeler l’histoire pour mesurer le cynisme de cette alliance. Le régime burundais, aujourd’hui partenaire de choix de Kinshasa, est celui-là même qui, en août 2004, a perpétré le massacre de Gatumba. Ce jour-là, des centaines de Banyamulenge, réfugiés sur le sol burundais, ont été massacrés avec une cruauté indicible. Voir aujourd'hui Kinshasa s'allier militairement à ceux qui ont décimé cette communauté, tout en instrumentalisant les souffrances des Congolais, relève d'une hypocrisie politique profonde.

Sur le terrain, cette coalition est renforcée par l’intégration active des milices Wazalendo et, plus grave encore, des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Ces derniers, héritiers directs des auteurs du génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994, opèrent avec l'assentiment et le soutien logistique de l'armée congolaise (FARDC). La présence avérée des FDLR aux côtés des FARDC dans les opérations de bombardements par drones et les massacres ciblés contre les Banyamulenge confirme que l'objectif réel du régime n'est pas la pacification, mais une campagne d'épuration ciblée.

Une campagne de haine médiatique sponsorisée

kalonji tv et mubenga reçu par le Président Félix Tshisekedi

Loin de se limiter aux théâtres d'opérations militaires, le régime de Kinshasa a érigé la haine des rwandophones en véritable doctrine politique. Cette stratégie est portée et tolérée au plus haut niveau de l'État. Le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, ainsi que le Président Félix Tshisekedi lui-même, s'affichent publiquement et sans complexe avec des acteurs médiatiques et des influenceurs dont le fonds de commerce est l'appel direct au meurtre.

Chancella tshala avec le porte-parole du gouvernement congolais Patrick muyaya

Des youtubeurs et influenceurs tels que "Kalonji TV", "Cancella Tshala" ou "Mubenga" diffusent en toute impunité des messages d'une extrême violence, appelant ouvertement à l'extermination des Tutsis qu'ils qualifient de "cancrelats". Ce lexique déshumanisant est le copier-coller de la rhétorique mortifère propagée à l'époque de Juvénal Habyarimana avant le génocide de 1994 au Rwanda.

Parallèlement, Kinshasa déploie une stratégie perverse de manipulation interne : le gouvernement finance et utilise un groupe de jeunes Banyamulenge, achetés à coup de billets de banque, pour servir de façade et de caution. L'objectif de cette manipulation est de banaliser la campagne d'épuration ethnique subie par leur propre communauté, de créer de faux clivages internes et de distraire la communauté internationale pour se payer une conscience pure.

La persécution des Banyamulenge par le régime de Kinshasa se traduit également par une purge institutionnelle brutale. Plusieurs officiers militaires banyamulenge croupissent actuellement dans les geôles congolaises, emprisonnés arbitrairement uniquement à cause de leur faciès et de leur origine ethnique, sous de fausses accusations de trahison. ​Cette hostilité se manifeste de manière tragique sur le terrain. Lors du retrait de l'AFC/M23 de la ville d'Uvira, une violente campagne de représailles a été orchestrée contre les Banyamulenge par les FARDC et les Wazalendo, qui les désignent collectivement comme des "Rwandais" prétendument complices de la rébellion. Dans le sillage de ces persécutions, plusieurs fosses communes ont été découvertes à Uvira ; dans un réflexe cynique de dissimulation, le gouvernement congolais s'est empressé d'attribuer ces crimes abjects à l'AFC/M23 pour masquer sa propre responsabilité.

L'hypocrisie de Kinshasa face à la vérité du terrain

Malgré des appels de façade au dialogue, l'armée congolaise (FARDC) poursuit inlassablement sa campagne de bombardements par drones contre des zones densément peuplées de civils innocents. Kinshasa utilise la diversion médiatique pour camoufler sa gouvernance chaotique et sa guerre contre ses propres citoyens rwandophones.

Face à cette instrumentalisation cynique, la réaction du porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, apporte un éclairage indispensable que l'on peut traduire ainsi :

PoisonMuyaya continue de transformer une journée de commémoration des victimes du massacre de Gatumba en une nouvelle plateforme de propagande. Les Banyamulenge qui ont été massacrés en 2004 par les alliés burundais de la RDC étaient des Congolais. Leur mémoire n'est pas l'outil politique de Kinshasa, et ce n'est pas non plus une invitation à une indignation sélective alors que les FDLR, parrainées par Kinshasa, et d'autres vestiges génocidaires opèrent toujours en toute impunité sur le sol de la RDC, en violation de l'accord de Washington. Obscurcir/distraire délibérément des véritables sources de l'insécurité dans l'est de la RDC est au cœur de l'"instrumentalisation
Yollande Makolo porte-parole du gouvernement rwandais

Cette position met en lumière la justesse de l'analyse du Rwanda : Kinshasa refuse de regarder en face les causes structurelles de ses crises internes et choisit d'entretenir la haine ethnique comme outil de survie politique.

Le double jeu du gouvernement congolais ne fait plus l'ombre d'un doute. Entre alliances avec des mouvements génocidaires (FDLR), collaboration avec un régime au lourd passif répressif (Burundi), et tolérance coupable envers des discours de haine dignes des heures sombres de l'histoire africaine, Kinshasa mène une politique d'exclusion et de violence contre les Banyamulenge.

​Il est impératif que la communauté internationale cesse d'être dupe des artifices et de la manipulation de Kinshasa. La vérité sur le calvaire des Tutsis congolais doit être dite, et l'hypocrisie d'un pouvoir prêt à sacrifier sa propre population pour des calculs politiciens doit être vigoureusement dénoncée.

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