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Portrait de l'Honorable Jean-Paul Paluku Ngahangondi, micros-cravates au revers, lors de son entretien avec Daraja Média
Politique

Jean-Paul Paluku Ngahangondi : « La paix ne peut être durable si une partie importante des acteurs politiques demeure exclue du débat national »

ENTRETIEN EXCLUSIF — Député honoraire et cadre du parti de Moïse Katumbi, basé à Goma, l'Honorable Jean-Paul Paluku Ngahangondi livre à Daraja Média une analyse sans concession de la crise à l'Est, des blocages des pourparlers menés sous l'égide du Qatar, de la décrispation politique et du dialogue national attendu d'ici au 15 août.

Par Daraja Editorial·Rédaction Daraja·30 juillet 2026·7 min de lecture

Face à la crise multidimensionnelle qui secoue la République démocratique du Congo, notamment dans sa partie orientale en proie à des défis sécuritaires et politiques majeurs, Daraja Média est allé à la rencontre de l'Honorable Jean-Paul Paluku Ngahangondi. Député honoraire et acteur politique de premier plan basé à Goma, il livre ici une analyse sans concession sur l'évolution de la situation sécuritaire, les perspectives de paix, les dynamiques régionales dans les Grands Lacs et les enjeux du dialogue national à venir.

Honorable Jean-Paul Ngahangondi, bonjour. En tant qu'acteur politique vivant à Goma, au cœur d'une zone sous contrôle de l'AFC/M23, quelle lecture faites-vous de l'évolution de la situation socio-sécuritaire dans l'Est du pays et des dynamiques locales en cours ?

La situation dans l'Est de la RDC demeure extrêmement préoccupante. Au-delà de la question militaire, nous assistons à une crise multidimensionnelle : sécuritaire, humanitaire, économique et politique. Les populations vivent dans une précarité permanente, avec des déplacements massifs, des violations des droits humains et un effondrement de l'autorité de l'État dans plusieurs localités.

Depuis Goma, nous constatons que les populations aspirent avant tout à la paix, à la sécurité et au retour de l'autorité publique. Toute initiative politique ou diplomatique doit avoir pour priorité la protection des civils plutôt que les intérêts des acteurs politiques.

Toujours dans cette partie orientale du pays, le territoire de Beni (au Nord-Kivu) et la province de l'Ituri continuent de payer un tribut très lourd face aux massacres récurrents perpétrés par les ADF. Comment analysez-vous l'enlisement de cette tragédie silencieuse et l'efficacité des opérations militaires dans ces zones ?

Les massacres qui frappent Beni et certaines parties de l'Ituri depuis de nombreuses années constituent une tragédie nationale. Malgré plusieurs opérations militaires, les populations continuent de subir des attaques meurtrières.

Il est indispensable d'évaluer objectivement les stratégies mises en œuvre afin d'identifier leurs insuffisances. La sécurité d'une population se mesure à sa capacité de vivre sans peur. Tant que les massacres persistent, il est légitime de s'interroger sur l'efficacité des dispositifs existants et de demander davantage de transparence, de responsabilité et de résultats.

Sur le plan géopolitique, comment évaluez-vous l'état des relations actuelles entre la RDC et le Rwanda, ainsi que l'implication rapportée du Burundi dans la crise à l'Est ? Quel avenir pour le vivre-ensemble et la stabilité durable dans la région des Grands Lacs ?

Les relations entre la RDC, le Rwanda et le Burundi doivent être abordées avec responsabilité et dans le respect du droit international. La région des Grands Lacs ne retrouvera une stabilité durable que par le dialogue, la coopération régionale et la fin du soutien à tous les groupes armés, quels qu'ils soient.

Les peuples de la région ne sont pas ennemis. Les véritables ennemis sont la guerre, la haine, les intérêts économiques illicites et l'impunité qui alimentent les conflits depuis plusieurs décennies.

Des Casques bleus des Nations unies, armés, à bord de véhicules tout-terrain marqués « UN » dans une rue de Goma
Des Casques bleus des Nations unies en patrouille dans les rues de Goma.

Les différents rounds de négociations menés entre le gouvernement congolais et l'AFC/M23 sous l'égide du Qatar se sont soldés par des impasses. Selon vous, qu'est-ce qui a véritablement bloqué ces pourparlers, et quelle est l'importance de la participation d'une figure majeure comme l'ancien président Joseph Kabila à la recherche d'un compromis et d'une cohésion nationale inclusive ?

Toute négociation de paix rencontre des difficultés lorsqu'il existe un déficit de confiance entre les parties. Les blocages observés traduisent avant tout la profondeur de la crise congolaise.

Je considère que toutes les personnalités politiques disposant d'une influence réelle peuvent contribuer à la recherche d'une solution, à condition que leur participation s'inscrive dans un cadre républicain, inclusif et orienté vers l'intérêt supérieur de la Nation. Ce n'est pas une question de personnes, mais de capacité à favoriser une paix durable.

Plusieurs figures de premier plan de l'opposition se trouvent contraintes à l'exil politique, à l'instar de Moïse Katumbi, patron du parti dont vous êtes un cadre. Face à cette situation, quelle est l'urgence d'une véritable décrispation pour garantir un climat politique apaisé en RDC ?

L'existence d'un espace politique ouvert est indispensable au fonctionnement d'une démocratie. Une démocratie forte suppose que la majorité comme l'opposition puissent exercer librement leurs activités dans le respect de la Constitution et des lois.

La décrispation politique n'est pas une faveur accordée à l'opposition ; elle constitue une nécessité pour restaurer la confiance entre les institutions et les citoyens.

Le retour en toute sécurité des exilés politiques et l'assainissement de l'espace démocratique doivent-ils constituer des préalables incontournables à toute tentative de réconciliation nationale ?

Oui. Une réconciliation nationale crédible exige un climat de confiance. Cela passe notamment par les garanties de sécurité pour les acteurs politiques, le respect des libertés fondamentales, l'indépendance de la justice et la protection des droits de tous les citoyens.

La paix ne peut être durable si une partie importante des acteurs politiques demeure exclue du débat national.

La coalition d'opposition C64 a récemment fait l'actualité en reportant sa marche prévue, offrant ainsi une chance au dialogue annoncé sous la facilitation de la CENCO et de l'ECC. Pourquoi avoir fait le choix de privilégier la voie de la table ronde ?

La C64 a privilégié le dialogue parce que l'intérêt supérieur de la Nation doit toujours primer sur les considérations partisanes. Lorsqu'une possibilité sérieuse de dialogue existe, il est responsable de lui donner une chance.

Cela ne signifie pas un renoncement aux revendications, mais la volonté de privilégier une solution pacifique et consensuelle aux crises que traverse notre pays.

La C64 a assorti ce report d'un ultimatum strict fixant au 15 août la convocation officielle de ce dialogue national. Ne craignez-vous pas que ce processus ne réponde pas aux attentes profondes de refondation institutionnelle et de justice pour le peuple congolais ?

Le dialogue ne doit pas être un simple exercice politique destiné à gagner du temps. Les Congolais attendent des résultats concrets, notamment sur la sécurité, la gouvernance, les réformes institutionnelles, les élections, la justice et la cohésion nationale.

Si ces préoccupations ne sont pas prises en compte, le dialogue risque effectivement de ne pas répondre aux attentes de la population.

Il convient de le souligner avec force : le processus de paix concernant l'Est avec l'AFC/M23 est foncièrement distinct du dialogue politique national interne orienté vers la crise institutionnelle à Kinshasa. Comment veiller à ce que les préoccupations majeures de l'Est ne soient pas éclipsées par les tractations politiciennes ?

Il est essentiel de distinguer les deux processus. La crise sécuritaire de l'Est possède sa propre dynamique et exige des réponses spécifiques, tandis que le dialogue politique national concerne le fonctionnement des institutions.

Cependant, les deux restent liés, car il sera difficile de consolider durablement la paix à l'Est sans institutions fortes, crédibles et capables d'assurer la sécurité de tous les Congolais.

Pour terminer, si ce dialogue politique tant attendu venait à échouer ou si les échéances fixées ne produisaient pas les résultats escomptés, quelles seraient les perspectives pour l'opposition et pour l'avenir de la nation ?

L'échec d'un dialogue ne doit jamais conduire à l'abandon de la recherche de solutions. L'opposition continuera à défendre ses convictions par des moyens démocratiques et pacifiques.

Notre responsabilité collective est d'éviter que les divergences politiques ne fragilisent davantage notre pays. Les Congolais attendent de leurs dirigeants du courage, du sens de l'État et une vision capable de restaurer la paix, l'unité nationale et la confiance dans les institutions.

Le Congo possède les ressources humaines et naturelles nécessaires pour réussir. Ce qui lui manque aujourd'hui, c'est une gouvernance capable de rassembler les Congolais autour d'un projet commun de paix, de justice et de développement.
Honorable Jean-Paul Paluku Ngahangondi
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