
Dans cette déclaration situationnelle n° 10, datée du vendredi 9 octobre 2026, le Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC) dénonce « avec la plus grande fermeté » un massacre présumé survenu à Maze, dans le territoire de Djugu, en Ituri. Il y voit le signe d'une dégradation alarmante de la situation des droits humains, malgré les engagements de paix pris par les nouvelles autorités militaires provinciales.
Selon les sources locales de l'organisation, des éléments de la milice CODECO, identifiés comme Lendu et placés sous le commandement présumé du chef de guerre Bassa Zukpa, auraient attaqué Maze (chefferie de Bahumawe-Nord) vers 3 heures du matin. Onze civils hema, dont des personnes âgées, des femmes et des enfants, auraient été tués.
Certaines victimes appartenaient à des familles déplacées qui venaient de regagner leur village d'origine, après avoir fui des violences attribuées aux mêmes miliciens. Le CIDHC insiste sur le conditionnel : bilan, circonstances et auteurs doivent être vérifiés par une enquête indépendante.
L'organisation s'alarme aussi des conséquences de ces violences : retours de déplacés compromis, crise humanitaire aggravée, peur et méfiance entre communautés, risque de représailles. Elle rappelle que la responsabilité des crimes est individuelle et ne saurait être imputée collectivement aux Hema ou aux Lendu, qui ne doivent pas être assimilés aux groupes armés prétendant agir en leur nom. Elle affirme enfin que l'état de siège ne peut justifier un recul des garanties fondamentales dues aux civils.
Sur le plan juridique, le CIDHC invoque l'article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, l'article 3 commun aux Conventions de Genève et le Statut de Rome. Si les faits sont confirmés, ils pourraient constituer des crimes de guerre et, si une attaque généralisée ou systématique contre des civils est établie, des crimes contre l'humanité, voire une persécution en cas de ciblage ethnique. Le texte précise que la désignation de Bassa Zukpa ne tient pas lieu de preuve : sa responsabilité devra être établie par un tribunal, dans le respect de la présomption d'innocence.
Le CIDHC interroge ensuite la responsabilité des autorités provinciales sous état de siège et des FARDC. Il demande une évaluation opérationnelle indépendante : des alertes avaient-elles été émises, des informations préalables existaient-elles, les moyens de prévention ont-ils été bien employés, y a-t-il eu des défaillances de coordination ou de renseignement ? Il évoque l'article 28 du Statut de Rome sur la responsabilité des supérieurs hiérarchiques, tout en précisant qu'un massacre ne suffit pas à établir la culpabilité personnelle d'une autorité et qu'il ne faut pas présumer de celle des FARDC.
La section des recommandations, la plus fournie, s'adresse à plusieurs acteurs. Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme (BCNUDH) est invité à vérifier les faits et à envoyer une mission d'enquête.
Le Haut-Commissariat à Genève est appelé à suivre la situation à Djugu. La Cour pénale internationale est priée d'examiner les informations qui lui seraient transmises. Le gouverneur militaire de l'Ituri se voit adresser dix mesures : évaluation sécuritaire de Maze, protection des déplacés retournés, alerte précoce, suivi des zones de retour, prévention des représailles et sanctions des défaillances individuelles. Les FARDC, les autorités judiciaires, l'ONU et les partenaires humanitaires sont aussi sollicités pour préserver les preuves, protéger les témoins et assister les survivants.
En conclusion, le CIDHC exprime sa compassion aux familles et refuse que les civils de Djugu paient le conflit « par leur sang » et que l'impunité devienne une fatalité. Il souligne que la réponse ne peut être uniquement militaire : elle doit allier protection, justice, aide humanitaire et restauration de la confiance entre communautés.
Le communiqué est signé des co-présidents Pitchou Roland Shomongo Mbey et Me Jean-Paul Paluku Ngahangondi
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