
Propos de Martin Fayulu sur les Banyamulenge : réaction du Dr Freddy Kaniki, Coordonnateur adjoint de l'AFC/M23
"Le génocide commence par une simple pensée négative, traduite en mots. Il s’ensuit la transformation d’une identité en accusation"
La déclaration de Martin Fayulu démontre, à elle seule, pourquoi nous nous sommes levés et pourquoi, depuis des décennies, notre peuple est contraint de se battre. Et de se battre, non pas contre la Nation, mais contre cette idéologie d’exclusion.

Notre lutte n’a jamais été une quête de minerais, de postes politiques, de privilèges ou d’une quelconque part du pouvoir. Elle est d’abord et avant tout une lutte pour faire reconnaître notre droit le plus légitime : celui d’être une partie intégrante de la société congolaise et du tissu national, avec les mêmes droits, la même dignité et la même protection que tout autre citoyen congolais.
Pour des descendants des pasteurs d’Itombwe, établis dans les Hauts-Plateaux bien avant l’arrivée des Belges, il est injuste d’avoir à prouver sans cesse notre appartenance au Congo ou notre loyauté à la Nation.

“À ceux qui parlent de victimisation ou de manipulation extérieure, les propos de Martin Fayulu suffisent à révéler les préjugés et l’idéologie d’exclusion au cœur de notre souffrance et de la crise nationale.”
Tristement, cette semaine, nous commémorons le 22e anniversaire du génocide de Gatumba, qui a coûté la vie à 166 Banyamulenge. Gatumba nous rappelle une vérité que l’histoire ne permet plus d’ignorer : le génocide ne commence pas avec le premier coup de feu.

Le génocide commence par une simple pensée négative, traduite en mots. Il s’ensuit la transformation d’une identité en accusation.
Il passe par la considération d’une communauté voisine comme une menace, au nom d’intérêts politiques obscurs.
Il continue avec la négation de l’appartenance d’une communauté, la contestation de sa citoyenneté, sa désignation comme « étrangère », « infiltrée » ou « dangereuse », jusqu’à la banalisation de sa déshumanisation. La haine se banalise à travers les discours politiques, voire dans les églises ou lieux de culte.
“Toute une communauté est rendue responsable des actes de quelques individus”
Vient ensuite l’étape de la stigmatisation d’une communauté par des qualificatifs qui mènent à l’exclusion et au rejet de l’autre.
Les mots préparent les esprits. L’exclusion désigne les cibles. La haine finit par rendre la violence acceptable, voire « patriotique ».

22 ans après Gatumba, le devoir de mémoire est aussi un devoir d’alerte : le « Plus jamais ça » commence bien avant les massacres. Il commence par le refus des discours de haine.
Cette leçon reste tragiquement actuelle en RDC, où des discours divisionnistes et des lectures biaisées de l’histoire sont dangereusement portés, notamment par ceux qui aspirent à diriger le pays, à l’instar de M. Fayulu, menaçant ainsi la cohésion nationale et la stabilité des Grands Lacs.
Le Congo ne sera vraiment grand que lorsque chaque communauté pourra reconnaître la douleur de l’autre et s’accepter mutuellement, afin de construire en définitive une identité congolaise commune, plurielle et indivisible, où chacun pourra regarder le même drapeau sans s’y sentir exclu.
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