
Selon les révélations de nos confrères du magazine Poliscoup, le général Muzinga, commandant adjoint des forces terrestres de l'armée burundaise, a fait son entrée sur le sol congolais à Fizi. Bien que l'armée burundaise soit déjà massivement présente dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), ce haut gradé est venu avec plusieurs milliers de militaires burundais supplémentaires en renfort dans le but exprès de mener une grande offensive.
Ce déploiement massif intervient dans un climat de forte tension, la coalition hétéroclite formée par les FARDC, l'armée burundaise, les FDLR, les miliciens Wazalendo et des mercenaires étrangers ayant essuyé des revers significatifs sur le terrain.
Avant cette déroute, cette coalition avait pourtant lancé une offensive de grande envergure, s'appuyant sur des moyens technologiques avancés comme des drones tactiques, avec l'ambition manifeste de s'emparer totalement des Hauts Plateaux et de Minembwe. Ces ambitions ont été brisées par les combattants de l'AFC/M23, qui ont réussi à chasser la coalition des positions stratégiques qu'elle occupait.

Parmi ces positions clés figurait le fameux Point Zéro, un carrefour d'une importance géostratégique capitale. Ce point névralgique sert de passage obligé pour acheminer des troupes et du matériel vers Baraka et ouvre la voie vers Kalemie, dans la province du Katanga.
L'arrivée du général Muzinga vise à effacer cette défaite cuisante de juillet dernier, date à laquelle le blocus de Minembwe avait été rompu. Pour rappel, ce blocus, imposé en grande partie par l'armée burundaise, isolait totalement la population civile en coupant ses vivres, ses soins et ses routes. Aujourd'hui, en guise de représailles ou de préparation, la coalition bombarde régulièrement les civils Banyamulenge à partir de positions situées au Burundi, mais également à Walikale et Kisangani.
Le double volet de l'implication burundaise : idéologie et intérêts financiers
- Le volet idéologique : Le régime de Gitega, dirigé par le président Évariste Ndayishimiye, entretient une hostilité profonde envers les Banyamulenge, des Tutsis congolais. Cette haine viscérale trouve des racines profondes dans l'histoire, notamment dans le massacre abject perpétré il y a 22 ans contre des réfugiés de cette communauté dans le camp de Gatumba, au Burundi.
- Le volet économique : Kinshasa verse chaque mois plusieurs millions de dollars au Burundi pour compenser et financer la participation active de son armée dans la guerre de l'Est. Par conséquent, le gouvernement burundais a un intérêt financier direct à ce que le conflit perdure, transformant le sang congolais en une rente financière pérenne pour Gitega.
Le double jeu de Kinshasa : sabotage du processus de paix
Cette fuite en avant militaire est exacerbée par les alliances opportunistes du pouvoir central. Récemment, le président Félix Tshisekedi s'est entretenu de manière discrète avec Erik Prince, le fondateur de la sulfureuse société paramilitaire Blackwater (associée à des structures comme Frontier Services Group), dont les mercenaires et opérateurs agissent aux côtés de la coalition militaire de Kinshasa.

Cette démarche illustre le double jeu périlleux du régime de Kinshasa : d'un côté, il feint la diplomatie en se montrant prétendument disposé au dialogue auprès de la communauté internationale ; de l'autre, il maintient une rhétorique belliqueuse, multiplie les pactes avec des seigneurs de la guerre privée et massacre des civils.

L'attitude de Kinshasa compromet irrémédiablement les chances de résolution de la crise par les voies diplomatiques, qu'il s'agisse du processus de Doha ou de celui mené en Suisse. En privilégiant l'option militaire, Kinshasa et ses alliés risquent d'amplifier la crise à l'extrême. Une telle escalade pourrait contraindre l'AFC/M23 à réagir en étendant ses opérations jusqu'au Katanga, poumon économique de la RDC et source vitale des revenus qui permettent à Félix Tshisekedi de financer son effort de guerre.

Face à cette escalade imminente, un sursaut de la communauté internationale et des organisations sous-régionales s'impose. Il est impératif que l'EAC, la SADC et l'Union africaine unissent leurs voix et leurs pressions pour remettre le régime burundais à la raison en exigeant l'arrêt de son ingérence.
De même, une pression constante doit être exercée sur Kinshasa pour l'obliger à abandonner ses illusions belliqueuses et à s'engager avec honnêteté dans les processus de paix en cours, avant que toute la région ne s'embrase définitivement.
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