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Photo donald Trump

Géopolitique Énergétique : Le Conflit USA-Iran et son impact sur les économies de l'Afrique de l'Est

Souveraineté énergétique et résilience régionale : le défi est-africain face aux crises géopolitiques mondiales.

Par Lunda Mulongo Lem’s Pierre·Rédacteur·11 août 2026·5 min de lecture
Photo Union africaine

Les tensions géopolitiques mondiales semblent souvent lointaines pour les citoyens d’Afrique subsaharienne, confinées aux colonnes des rubriques internationales. Pourtant, la réalité interconnectée de l'économie mondiale rappelle régulièrement que toute secousse dans les grands carrefours énergétiques de la planète se répercute instantanément sur les marchés locaux. L'intensification du face-à-face stratégique entre les États-Unis et l'Iran, matérialisée par la menace persistante ou effective de fermeture du détroit d'Hormuz, illustre tragiquement cette vulnérabilité. Par ce goulet d'étranglement maritime transitent chaque jour des millions de barils de pétrole indispensables à l'équilibre énergétique mondial. Lorsque les routes maritimes du Moyen-Orient s'embrasent, c'est toute la chaîne d'approvisionnement globale qui suffoque, entraînant dans son sillage des économies africaines structurellement dépendantes des importations de carburants et de gaz raffinés.

Pour l’Afrique de l’Est et les pays de la sous-région, l'impact de telles crises est immédiat et multiforme. Des nations comme le Rwanda, l'Ouganda, la République Démocratique du Congo (RDC), l'Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie et le Sud-Soudan subissent de plein fouet l'envolée des cours du brut. Cette flambée des prix se traduit instantanément par une explosion des coûts du transport routier, une augmentation générale du prix des denrées alimentaires de première nécessité, une hausse des factures d'électricité et une dépréciation des monnaies locales face au dollar. Les factures d'importation d'hydrocarbures absorbent des réserves de change précieuses, étranglant les budgets d'investissement et creusant les déficits publics de ces États.

La situation paradoxale de la République Démocratique du Congo et de l'Ouganda met en lumière l'aberration structurelle du modèle économique hérité de la colonisation et perpétué par la suite. Bien que ces deux pays disposent d'importants gisements de pétrole et de gaz à l'instar du bassin Albertine pour l'Ouganda et des réserves du Graben Albertin ainsi que du lac Kivu pour la RDC , ils demeurent paradoxalement tributaires de l'extérieur pour leurs produits pétroliers finis. Faute d'infrastructures de raffinage nationales suffisantes ou opérationnelles à grande échelle, ces nations exportent leur brut pour le racheter ensuite au prix fort sous forme de carburant raffiné sur les marchés internationaux. Cette dépendance absurde les expose directement aux soubresauts du détroit d'Hormuz : un baril extrait sur leur propre sol ne les protège en rien d'une pénurie ou d'une hyperinflation des prix à la pompe induite par un conflit au Moyen-Orient.

dirigeants de l'EAC

Face à cette insécurité chronique, l'initiative industrielle portée par le magnat nigérian Aliko Dangote en Afrique de l'Est apparaît comme un tournant historique potentiel. Le projet d'implantation d'une gigantesque raffinerie d'une capacité de 700 000 barils par jour, prévue sur la côte kényane (notamment dans la zone de Lamu), ambitionne de reproduire le modèle du complexe de Lagos pour desservir l'ensemble du marché est-africain. Pour l'indépendance énergétique de la région, l'importance d'un tel investissement privé, évalué entre 15 et 17 milliards de dollars, est capitale. En transformant sur place le brut extrait en Afrique (provenant potentiellement de l'Ouganda, du Sud-Soudan ou de la RDC) en produits raffinés consommables, cette infrastructure réduirait de manière drastique la facture d'importation de la région, libérerait des devises et mettrait les économies est-africaines à l'abri des blocus et des tensions géopolitiques du Golfe persique. C'est la promesse d'une souveraineté de l'offre, arrachée aux logiques de dépendance coloniale et post-coloniale.

Président Paul kagame

Cependant, toutes les économies de la région ne réagissent pas avec la même fragilité aux chocs externes. À cet égard, la résilience de l'économie rwandaise force l'admiration et sert d'étude de cas en matière de bonne gouvernance. Malgré sa petite taille, son enclavement géographique et l'absence notable de ressources gazières ou pétrolières d'envergure, le Rwanda parvient à amortir les crises exogènes grâce à une rigueur budgétaire exemplaire, une digitalisation poussée de l'administration, une lutte acharnée contre la corruption et une diversification stratégique de ses secteurs d'activité (services, tourisme d'affaires, technologies). La vision prospective de ses dirigeants et la prévisibilité de son cadre réglementaire permettent d'attirer les investissements et d'optimiser chaque ressource disponible, démontrant que la bonne gouvernance institutionnelle constitue le meilleur bouclier contre les tempêtes économiques mondiales.

Pour ne plus subir passivement ces crises géopolitiques à répétition, les États africains doivent impérativement opérer un changement de paradigme structurel. Cela implique, en premier lieu, l'accélération de l'intégration régionale à travers la mise en œuvre effective de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), afin de stimuler le commerce intrarégional des matières premières et des produits transformés. Ensuite, il est urgent de multiplier les investissements dans les infrastructures de raffinage locales et les oléoducs transfrontaliers, en s'appuyant sur des partenariats public-privé audacieux et des capitaux endogènes, pour s'affranchir des diktats des marchés internationaux. Enfin, les gouvernements doivent investir massivement dans la transition vers les énergies renouvelables géothermie, hydroélectricité et solaire , abondamment disponibles sur le continent. En bâtissant leur autonomie énergétique sur la transformation locale de leurs richesses et sur la rigueur de la gouvernance, les pays d'Afrique de l'Est pourront transformer leur immense potentiel en une véritable forteresse de prospérité et de stabilité.

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