
Commémoration du 22e anniversaire du massacre de Gatumba
“22 ans après, nous partageons votre douleur, votre amertume et votre souffrance. Nous n’oublierons jamais nos frères et sœurs morts.”
Camarade Coordonnateur Politique de l’AFC-M23,
Monsieur le Président de la mutualité Shikama, Chers survivants du massacre de Gatumba, Chères familles des victimes, Chers compatriotes, Distingués invités,
Mesdames et Messieurs, en vos titres et qualités respectifs,
Nous sommes réunis aujourd’hui, non seulement pour nous souvenir, mais aussi pour refuser la fatalité de l’oubli et rendre hommage à des hommes, des femmes et des enfants dont la vie a été brutalement arrachée dans la nuit du 13 au 14 août 2004, au camp des réfugiés de Gatumba, au Burundi. C’est pourquoi, en mémoire de toutes ces victimes nous vous prions de vous lever et d’observer une minute de silence, nous vous remercions.

Mesdames et Messieurs,
Vingt-deux ans après, Gatumba demeure une blessure ; Une blessure dans les familles ; Une blessure dans la mémoire des survivants ; Une blessure dans notre conscience collective. Une interrogation reste pourtant adressée à notre humanité.
Comment des personnes qui avaient fui la guerre pour chercher un refuge ont-elles pu être massacrées dans un lieu où elles espéraient trouver protection ?

“Cette question demeure. Elle nous interpelle. Elle nous oblige. Elle donne à cette commémoration une signification au delà de toute signification et dépasse le simple souvenir.”

Gatumba : ils avaient cherché refuge
Les victimes de Gatumba n’étaient pas parties à la conquête d’un territoire. Elles fuyaient la guerre, l’injustice, le tribalisme et l’exclusion. Elles traversèrent la frontière pour trouver refuge dans un pays qu’ils croyaient hospitalier, le Burundi. Malheureusement, dans la nuit du 13 aout 2004, ce lieu de refuge s’est transformé en cauchemar, à travers un massacre indescriptible qui désormais, a laissé une tache noire dans l’histoire dans l’histoire récente de la région des Grands Lacs.
Des Hommes et des femmes ont été tués, des enfants ont été égorgés et des abris ont été incendiés : des familles entières ont été décimées. Aujourd’hui, derrière les chiffres retenus par l’histoire, nous devons remettre des visages. Parce qu’un massacre ne peut jamais se résumer à une statistique. Chaque victime avait un nom ; Chaque victime avait une famille ; Chaque victime avait une histoire ; Chaque victime avait des rêves ; Chaque victime avait des droits y compris le droit à la vie. Notre première parole aujourd’hui s’adresse aux familles :

“22 ans après, nous partageons votre douleur, votre amertume et votre souffrance. Nous n’oublierons jamais nos frères et sœurs morts.”
Notre deuxième parole s’adresse aux survivants : Grace à Dieu vous êtes parmi nous aujourd’hui soyez forts et garder courage. Votre souffrance appartient désormais à notre mémoire collective. Notre troisième parole s’adresse aux générations futures : Si nous sommes encore vivants c’est pour témoigner de la nécessité de bâtir une société où chaque fille et chaque fils trouve sa place : vous avez votre place, non seulement parmi nous mais en R.D.Congo, votre pays, notre Pays.
Gatumba ne doit jamais se reproduire : nous disons, plus jamais ca.
Nos frères et sœurs ont été massacrés parce qu’ils étaient Banyamulenge. Parce que leur faciès était différent : un état existentiel qu’ils n’avaient pas choisis. Les Banyamulenge sont des frères congolais, ils ont une terre en RD Congo, au même titre que les autres congolais. Ils ont des villages, des localités, des Groupements, des champs, des propriétés, ainsi qu’un patrimoine culturel et historique qui fait la fierté de la République depuis des années. Vouloir réduire l’appartenance à la nation congolaise par la simple apparence physique équivaut à effectuer une lecture sélective et destructrice de la mémoire et de l’identité nationale.
Mesdames et Messieurs, Distingués invités,
les massacres ou les autres crimes odieux comme le Génocide ne commencent nullement pas par les armes. Premièrement, ils commencent par une simple pensée négative traduite en mots. Ils commencent lorsqu’on transforme une identité en accusation. Ils commencent lorsqu’on transforme une communauté voisine en une menace, suite aux intérêts politiques obscurs. Ils commencent lorsque la haine est banalisée dans les discours politiques, dans certains médias, dans les espaces publics, voire dans les églises. Par la suite, vient la stigmatisation. Ils commencent lorsqu’on stigmatise une communauté par des qualificatifs qui mènent vers l’exclusion et le rejet de l’autre. Nous le savons bien : l’exclusion est la voie qui conduit vers la persécution. Apres la persécution vient la violence qui, si elle n’est pas maitrisée mène de façon irréversible vers l’irréparable, comme c’est fut le cas de Gatumba. Commémorer le massacre perpétré Gatumba nous renvoi à une responsabilité.
“Celle-ci consiste dans le combat contre la haine et d’autres antivaleurs avant qu’elle ne produise des nouvelles victimes.”
La lutte pour le vivre ensemble et le partage du patrimoine congolais ne doit pas se limiter à une simple bonne intention, mais elle s’impose comme un impératif moral catégorique. Nous avons le devoir de dénoncer toutes sortes d’appels à la violence, avant qu’ils ne se transforment en tragédies. Nous avons le devoir de condamner toutes formes de stigmatisation, avant qu’elle ne se transforme en une politique dévastatrice. La RD Congo ne peut devenir une nation dans laquelle certaines communautés doivent constamment justifier leur appartenance nationale. L’On ne peut construire une République en distribuant des certificats de nationalité selon l’ethnie, la langue, le nom, le faciès ou la région d’origine. Aucun congolais ne peut être obligé à renoncer à son identité pour bénéficier d’une quelconque reconnaissance. De même, un Munyamulenge ne doit nullement à son identité pour démontrer sa congolité Ainsi donc, aucune disposition legale n’oglige un Muhunde de renoncer à son identité hunde pour être reconnu comme Congolais. Il en est de meme pour Un Mufuliro, un Mubembe, un Munyindu, un Murega, un Mushi, un Munande, un Hema, un Mukongo ou tout autre Congolais qui ne doit jamais avoir à choisir entre son identité communautaire et son appartenance à la republique.
L’absence d’un leadership visionnaire qui a caractérisé la gestion de la République depuis l’indépendance ne peut se justifier par l’exclusion et la stigmatisation d’une communauté suite à une particularité qu’elle n’a jamais choisie. Le RD Congo que nous sommes appelés à construire est cette nation où chaque citoyen est considéré et traité pour ce qu’il est et non par rapport à ses origines qui ne constitue qu’un accident de l’histoire. Nul n’a choisi de naitre dans quelle que communauté que ce soit.
“La mémoire ne peut jamais être transformée en arme de vengeance”
Mesdames et Messieurs,
Permettez moi de nous rappeler un autre danger à éviter : celui de transformer la mémoire de nos victimes en carburant de la haine et de la vengeance. Nous sommes ici pour réclamer la vérité et la justice. Il existe une différence fondamentale entre justice et vengeance. La vengeance cible un groupe à punir, alors que la justice établit les responsabilités. La vengeance généralise la culpabilité, alors que la justice individualise les responsabilités. La vengeance prépare le lit des conflits à venir, alors que la justice permet à une société de regarder son passé dans le souci de bâtir son avenir : Voila la justice que nous recherchons. Une justice fondée sur la vérité et qui protège les faibles, les exclus et autres laissés-pour -compte.
“Aujourd’hui, Vingt deux (22) ans jour pour jour, la vérité sur Gatumba doit continuer à être recherchée, les responsabilités doivent être établies et la justice doit suivre son cours en faveur des victimes et de la mémoire collective.”
Gatumba doit être documenté, enseigné et consigné dans la mémoire nationale. Gatumba doit être transmis aux générations futures, à travers un programme éducatif acutalisé, contextualisé, adapté et reformé. Pour la mémoire de Gatumba nous ne nous tairons point. Mesdames et Messieurs, Il serait facile de considérer Gatumba comme une simple tragédie isolée qui appartiendrait désormais au passé. Un attitude tant souhaitée par les bourreaux. Mais les événements de l’histoire trouvent tout leur sens lorsque les souffrances d’hier donnent un écho dans l’actualité du moment, comme c’est le cas.
Comme si Gatumba ne suffisait pas.

Aujourd’hui encore, vingt deux ans après l’odieux massacre, l’armée burundaise engagée militairement sur le territoire congolais, aux côtés des FARDC, des milices sanguinaires transformées en WAZALENDO, et les génocidaires FDLR mènent les opérations autour de Minembwe. Cette coalition constituée de la mort a organisé un blocus et un isolement contre les populations des Hauts Plateaux de Minembwe, ainsi que des opérations militaires en bombardant quotidiennement et sans état d’âme des populations civiles, imposant une situation sécuritaire et humanitaire extrêmement grave. Notre organisation, l’AFC-M23 ne s’est pas seulement contenter de dénoncer, ce qu’elle fait jusqu’à présent, cette politique d’épuration qui est menée par le régime de Kinshasa. Elle est engagée sur le terrain des opérations afin d’eviter à Minembwe un secong Gatumba. Nous rendons hommages à nos vaillants héros qui se sont sacrifié pour que la paix règnent à Minembwe. Une question demeure pertinente : Après Gatumba, devons - nous accepter que des populations appartenant à une même communauté se retrouvent, une nouvelle fois, confrontées soit à une menace d’extermination, soit contraintes à l’exil pour sauver leurs vies ? Pour nous, le risque de répétition de tels événements ne peut plus être banalisé. Il y va de notre responsabilité. Nous dénonçons ce que nous considérons comme une entreprise faisant peser une menace existentielle sur une population vulnérable et clairement identifiée. Notre position reste ferme.
L’engagement de cette coalition de la mort ( FNDB, FDLR, Milices WAZALENDO aux cotés des FARDC) contre les paisibles populations de Minembwe fait peser sur une elle la menace d’une nouvelle exterminat

Devant ladite menace, l’Armée Révolutionnaire Congolaise (ARC) ne pas laissée leurs mains croisées. Pour éloigner cette menace d’extermination et contribué au rétablissement d’une paix durable à Minembwe, ses forces sont intervenues afin de barrer la route à la nouvelle boucherie humaine qui était déjà en cours d’exécution. Il était impérieux d’arrêter ce plan diabolique concocté par le régime de Kinshasa. Bien que l’initiative macabre ait été stoppée, plusieurs de nos compatriotes vivant dans les Haut-Plateaux ont injustement perdu leurs vies.
“Protéger une communauté ne signifie pas combattre les autres”
Nul n’a le droit de dénaturer le sens de cette détermination. Protéger une communauté menacée ne veut dire la monter contre les autres communautés. Le vivre ensemble a un prix, et ce prix c’est la tolérance mutuelle. C’est l’acceptation de l’autre dans sa différence. Notre combat consiste dans la protection de chaque Congolaise et de chaque congolais, quelle que soit son ethnie, sa tribu, sa communauté d’origine, sa religion, etc. Nous appelons de tous nos vœux un Congo où toutes les communautés vivent en sécurité sans discrimination. Voilà pourquoi les situations dramatiques de Gatumba et Minembwe nous interpellent et interpellent la Communauté Internationale . Minembwe nous rappelle que le devoir de vigilance demeure actuel. Mesdames et Messieurs, GATUMBA et MINEMBWE revêtent une dimension universelle dans cette tragédie. Les personnes massacrées à Gatumba étaient des réfugiés massacrés dans un camp géré par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Refugiés « UNHCR ». Malheureusement un camp des réfugiés a servi de piège pour des personnes qui avaient besoin d’une protection internationale, mais qui ont vit leur espoir s’evanoui, leurs vies otées et la Communauté Nationale, Régionale et Internationale ont choisi le silence jusqu’au jourdhui.une attitude irresponsable qui ne cesse de nous interroger. La prévention doit précéder les condoléances : voilà pourquoi nous plaider pour le changement de paradigme. Le drame des nos frères et sœurs lâchement à Gatumba et dont personne ne plaide la cause doit nous pousser à changer de regard de lecture historique et nous oblige à faire évoluer nos attitudes .
Aux survivants et aux familles,

Permettez-moi de vous adresser directement ces mots. Votre présence parmi nous aujourd’hui est un témoignage. Vous avez porté pendant plusieurs années des souvenirs que beaucoup d’entre nous ne pourraient imaginer. Certains ont perdu leurs parents, d’autres ont perdu leurs enfants. D’autres leurs frères et sœurs. Comment ne pas mentionner ceux qui ont perdu plusieurs membres de leur famille en une seule nuit ? La force de l’histoire nous indique qu’il est impossible de changer ce qui s’est passé. Il nous aussi impossible de ramener à la vie ceux qui sont partis. Toute fois notre engagement demeure celui-ci : La mort de nos frères et sœurs ne pourra jamais être effacée de la mémoire de l’histoire. Au-delà des commémorations nous nous battre de toute nos forces pour que Justice soit faite en faveur de ces victimes qui n’ont jamais choisi de naitre Banyamulenge . tel est le véritable sens de la mémoire que nous célébrons aujourd’hui .
A la jeunesse congolaise,
Sans distinction, des Communautés, nous voudrons particulièrement vous adresser le message du vivre ensemble et de la cohabitation pacifique sans lesquelles, nous ne pouvons prétendre vivre dans la paix. Aucune ne paix se bâtir dans l’exclusion de l’autre. Gatumba Probablement appartenir à une histoire lointaine, mais hélas, cette histoire vous concerne. Vous êtes le ferment d’un avenir radieux : refusez les discours de haine, refusez la déshumanisation de l’autre, refusez la discrimination et n’acceptez jamais l’oubli vous envahisse. Mesdames et Messieurs, En ce jour de la vingt-deuxième commémoration, notre engagement doit dépasser les simples discours. Nous sommes obligés d’œuvrer pour une société de justice où aucun citoyen ne peut être persécuté en raison de son identité communautaire. Ensemble, participons à construction d’ne société où la justice remplace la vengeance, où la vérité remplace la manipulation. Nous ne saurons conclure notre propos, sans rappeler les trois éléments fondamentaux :
- Nous souvenir, parce que l’oubli prépare la répétition
- Rechercher la justice parce qu’une paix sans justice demeure fragile
- Construire la nation parce que notre avenir dépend de notre capacité à vivre ensemble malgré nos différences.
“Aux victimes : Nous nous souviendrons toujours de vous. Aux survivants : Poursuivez la marche, gardez courage, soyez le témoin et luttez pour le vivre ensemble. Aux familles : Votre douleur légitime mérite justice, vérité reconnaissance. et je vous remercie !!”
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