

le consortium international pour les droits humains au congo (cidhc) exprime sa profonde indignation face aux difficultés persistantes qui frappent les personnels engagés en première ligne dans la riposte contre l’épidémie de maladie à virus ebola en république démocratique du congo.
alors que des médecins, infirmiers, hygiénistes, agents communautaires et autres intervenants risquent quotidiennement leur vie pour contenir la maladie, plusieurs témoignages et informations de terrain font état de retards dans le paiement des primes, de mouvements de grève et de menaces de suspension des activités dans plusieurs zones touchées.
le 6 août 2026, selon les informations communiquées au cidhc, le ministre de la santé, dr samuel roger kamba mulamba, avait annoncé la prise en charge par l’état des 400 médecins et 5 200 infirmiers mobilisés dans les provinces affectées, primes comprises. or, sur le terrain, la situation demeure préoccupante : des mouvements de grève sont signalés à mungwalu et à nizi, tandis que des prestataires de chomia et du centre de traitement d’ebola de kasenyi auraient également donné des ultimatums concernant le paiement de leurs primes.

cette situation est d’autant plus alarmante que les autorités sanitaires avaient déjà reconnu, avant ces nouveaux développements, l’existence d’arriérés de primes et de difficultés administratives dans le paiement des prestataires. en juillet, le gouvernement avait notamment évoqué la nécessité d’assainir les listes de prestataires et avait annoncé qu’un audit des ressources mobilisées pour la riposte, y compris celles provenant des partenaires techniques et financiers, serait effectué par l’inspection générale des finances (igf).
une menace d'extension du virus vers kinshasa
la menace épidémiologique continue de planer et de faire peser un risque majeur sur l'ensemble du pays. récemment, un décès suspect a été signalé à mbanza-lemba, à kinshasa, après 48 heures de diarrhée et de vomissements. la victime, un homme de 35 ans, revenait de mbandaka par voie fluviale.

la situation épidémiologique exige pourtant une mobilisation exceptionnelle. au 30 juillet 2026, l’organisation mondiale de la santé rapportait déjà 3 605 cas confirmés et 1 587 décès, avec une transmission dans 49 zones de santé réparties dans cinq provinces : ituri, nord-kivu, sud-kivu, haut-uélé et tshopo. depuis, l’épidémie s’est encore étendue, atteignant une sixième province, le bas-uélé, tandis que le bilan continue de s’alourdir.

le cidhc considère qu’il serait irresponsable de demander à des agents exposés au virus de poursuivre leur mission dans des conditions où leurs primes demeurent impayées pendant plusieurs semaines. un agent de santé qui travaille sans être payé, sans matériel suffisant et dans un environnement à haut risque ne peut pas être considéré comme une simple variable administrative. il est un acteur essentiel de la sécurité sanitaire nationale.

“le gouvernement congolais ne peut plus se contenter de déclarations générales sur la mobilisation des ressources. il doit désormais présenter à l’opinion publique une reddition des comptes complète, détaillée et vérifiable. le plan national de riposte annoncé par la présidence de la république avait été évalué à 319 millions de dollars américains, dont 20 millions de dollars débloqués en urgence par l’état congolais.”
par ailleurs, la banque mondiale a annoncé en juillet 2026 que son soutien à la réponse à ebola atteignait 73 millions de dollars, dont 46 millions de dollars disponibles au niveau national et en cours de déploiement à travers le projet de préparation, de riposte et de résilience aux urgences sanitaires.

l’oms a, pour sa part, indiqué avoir mobilisé 3,9 millions de dollars de son fonds de réserve pour les situations d’urgence afin de renforcer les opérations de terrain.
l’unicef a également annoncé avoir consacré 5,75 millions de dollars de ses propres ressources à la réponse à l’épidémie, tandis que le gouvernement japonais a apporté 500 000 dollars à l’unicef pour renforcer la prévention et le contrôle des infections ainsi que l’engagement communautaire en ituri.
les états-unis ont également affirmé leur soutien à la rdc. lors d’une réunion de la task force nationale en juillet, le chargé d’affaires américain a déclaré que les états-unis avaient consacré plus de 600 millions de dollars au soutien de la riposte, tout en se présentant comme le premier partenaire de la rdc dans ce domaine. il convient toutefois de préciser que cette somme semble correspondre au soutien américain à la riposte dans une perspective plus large et ne doit pas être automatiquement assimilée aux seuls fonds de l’épidémie de 2026 sans ventilation officielle.
le cidhc relève donc une question fondamentale : si des ressources aussi importantes sont mobilisées, pourquoi les agents qui constituent le cœur même de la riposte restent-ils impayés ?
le cidhc demande un audit indépendant et public
le cidhc demande au gouvernement de la république de publier, sans délai :
- la liste exhaustive de tous les financements reçus depuis la déclaration de l’épidémie d’ebola en mai 2026
- l’identité de chaque partenaire financier et technique, ainsi que le montant exact de sa contribution
- les conventions, accords de financement et plans de décaissement conclus avec ces partenaires
- les comptes bancaires et mécanismes institutionnels utilisés pour recevoir et transférer ces fonds
- la ventilation détaillée des dépenses, province par province et activité par activité
- le montant effectivement consacré aux primes des médecins, infirmiers et autres prestataires de terrain
- la liste des prestataires effectivement payés et ceux qui restent impayés
- les rapports d’audit et de contrôle de l’inspection générale des finances (igf) annoncés par le gouvernement.
“le gouvernement avait lui-même annoncé que toutes les ressources financières mobilisées pour la riposte, y compris celles provenant des partenaires techniques et financiers, feraient l’objet d’un audit. le cidhc demande donc que cet engagement ne demeure pas une simple déclaration politique.”
des partenaires internationaux se mobilisent : la rdc doit assumer ses responsabilités
le soutien extérieur à la rdc ne se limite pas aux seuls financements cités ci-dessus. la riposte implique notamment l’oms, l’unicef, la banque mondiale, africa cdc, les états-unis, le japon, msf, le système des nations unies et de nombreuses organisations humanitaires et médicales.
l’oms indique notamment avoir déployé des experts, du matériel médical et des fournitures essentielles dès les premiers jours de l’épidémie.
médecins sans frontières mobilise, de son côté, plus de 1 400 membres du personnel, gère sept centres de traitement ebola et plus de quinze unités d’isolement dans plusieurs provinces de l’est. ces efforts internationaux démontrent que la communauté internationale n’est pas restée indifférente face à la catastrophe sanitaire qui frappe la rdc.
mais l’aide internationale ne doit jamais devenir un chèque en blanc remis à des structures dont la gestion financière échappe au contrôle citoyen.

le cidhc est particulièrement préoccupé par la situation dans l’est de la rdc, notamment en ituri et au nord-kivu, où les conséquences de l’épidémie se combinent à l’insécurité, aux déplacements de populations, à la faiblesse des infrastructures sanitaires et aux difficultés d’accès.
l’unicef a déjà alerté sur les conséquences de l’épidémie sur les services essentiels : dans les zones les plus touchées de l’ituri, la vaccination des enfants, les accouchements en structure sanitaire et le recours aux soins ont fortement diminué. le problème n’est donc plus uniquement celui d’ebola. c’est désormais toute la capacité du système de santé à protéger la population qui est menacée.
le cidhc estime que les autorités nationales et provinciales doivent assumer leur responsabilité. les difficultés opérationnelles peuvent expliquer certains retards, mais elles ne peuvent justifier indéfiniment l’impaiement de ceux qui sont en première ligne.
l'argent de la riposte doit arriver sur le terrain
le cidhc refuse que des fonds destinés à sauver des vies soient immobilisés dans des circuits administratifs opaques pendant que des soignants exposent leur santé et celle de leurs familles sans recevoir leurs primes. chaque dollar destiné à la riposte contre ebola doit être traçable. chaque dépense doit être justifiée. chaque prestataire doit être payé pour le travail effectivement accompli.
nous demandons donc au gouvernement de kinshasa de rendre publiquement compte de l’ensemble des fonds reçus des partenaires internationaux et de leur utilisation, notamment dans les provinces les plus touchées.
nous demandons également le paiement immédiat de tous les prestataires régulièrement identifiés et effectivement engagés dans la riposte, ainsi que la mise en place d’un mécanisme indépendant de suivi associant les organisations de la société civile, les représentants des professionnels de santé et les partenaires techniques et financiers.
le cidhc appelle enfin les partenaires internationaux à exiger des mécanismes de transparence et de traçabilité sur leurs financements, afin que l’aide destinée aux populations congolaises atteigne effectivement les communautés et les personnels qui en ont besoin.
“sauver des vies ne peut pas être une affaire de communication. c’est une obligation de l’état.”
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